#il n’y a pas de ville nouvelle

shendo#il n’y a pas de ville nouvelle

Il y a ma carte intérieure qui, on l’a dit, croise et remixe le vu (dehors) et le lu (de la carte). Il y a aussi mon impression de la ville, ce décor, cette vue d’elle, qui se monte, en moi, au fur et à mesure des trajets.
Cette image, composite, se constitue elle aussi peu à peu, en mode papiers recollés, comme quand on décolle la tapisserie d’un très vieil appartement, mais : à l’envers.
Et puis il y a les affleurements , éclats remontés pour éclater soudainement à la surface de ma mémoire (shrapnel, bulles d’air). Ce vieux shendo, signature en tag rebondi, vite craché sur le granit d’un mur du centre ancien, qui me flashe, littéralement, une après-midi de décembre, est aussi un motif révélé d’un dessous, reliquat d’un vieux lé oublié, soudain plaqué en surimpression sur le mur-maintenant.
Je revois le petit parc en contrebas de l’église du vieux Sainte-Etienne, où nous trainions, un temps durant, avec des kids plus jeunes que nous (demeurés donc des gamins turbulents dans ma mémoire, quand peut-être ils sont sur le point de racheter les dernières années de crédit du pavillon, quelque part dans le Doubs, ou de changer d’agence, bancaire ou d’intérim, pour prendre la direction de celle de Cesson-Sévigné). C’est la plus frappante des réminiscences, que celle du tag shendo. Mais, même en mode mineur, elles pullulent, les réminiscences, elles composent. Cette image-de-la-ville qui m’est propre, se compose, pas à pas, d’agrégats d’impressions glanées au fil des marches, dont les premières impressions (la mer en moins, le vieux manège, la galerie commerçante aveugle) demeurent les noyaux atomiques.
Au fil des itinéraires, reviennent : Quimper (ville bretonne de taille moyenne, pluvieuse, en pente, on voit), Vendôme (rien à voir mais j’ai, là comme nulle part ailleurs, connu cette sensation du seul, d’être le dernier vivant passé 19h l’hiver, cet espace-temps du représentant de commerce : dinant seul dans un restaurant chinois vide), et même Poitiers (parce que j’y ai dernièrement marché seul le soir d’hiver en rues piétonnes, cherchant mon chemin, et une courbure, une tangente, m’a semblé pareille).
De là à affirmer que mon Saint-Brieuc intérieur composite ferait son miel de Romorantin ou de Bourg-en-Bresse, il n’y a pas si loin – sauf que, n’exagérons rien, je n’y ai rien revu apparaître de La Roche-sur-Yon, de Nevers, de Laval.
Saint-Brieuc se fonde en mieux comme autre, inédite. Mais ni vraiment ancienne, ni moins encore nouvelle. Non, passé un temps, assurément, il n’y a pas de ville nouvelle.

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